Il me tient à cœur de vous parler de l’une des peurs non exprimées. Non exprimée signifie toutes les émotions refoulées ou non écoutées, et il y en a beaucoup, comme la peur du rejet, du ridicule, du conflit, de l’erreur, de la critique, de décevoir, de souffrir pour n’en citer que quelques-unes. Celle que j’aimerais partager avec vous est la peur de blesser. Elle perturbe notre communication et empêche la satisfaction de notre besoin.

L’idée que nous pouvons faire disparaitre une émotion sans la reconnaitre me semble illusoire. Les émotions ne disparaissent pas, en général nous nous en coupons par des mécanismes de défenses souvent inconscients. Elles restent latentes dans notre corps et notre psychisme et peuvent causer à long terme des problèmes physiologiques, psychologiques et relationnels.

Alors comment exprimer notre peur de blesser ?

Permettez moi de vous partager une de mes expériences personnelles. Par peur de blesser l’autre, par peur du conflit, de déranger et de prendre trop de place, j’en étais arrivée à me nier et à refouler mes sentiments, en les minimisant et en les supprimant.

Je n’avais pas conscience à l’époque que mon attitude ne faisait qu’alimenter un sentiment de victime, de culpabilité et de frustration. Ceci m’éloignait de mon besoin d’être moi-même, de prendre ma place, d’être reconnue et aimée.

Il m’a fallu du courage pour réaliser et accepter mes émotions désagréables, et pour oser exprimer ce que je ressentais. Loin de me considérer parfaite, je continue d’apprendre de mes expériences. Je m’autorise à oser, à me corriger et à prendre de l’espace.

Cela m’a valu aussi de prendre le risque de blesser des personnes et d’être blessée en retour, parfois par maladresse dans la manière d’exprimer mes émotions qui pouvaient sortir sèchement et froidement. Ces erreurs m’ont appris à adapter mon langage, à devenir plus sage et plus responsable, en communiquant respectueusement avec amour et vérité.

Petit à petit, j’ai appris à m’accepter comme je suis avec mes bons et moins bons côtés et à m’accorder de la valeur.

Car peut-on transmettre ce que l’on n’a pas reçu ? et ce que l’on ne s’est pas donné à soi-même en premier ?

La première personne à en avoir supporter les conséquences est mon mari. Je l’avais cependant averti de mon intention à exprimer tout ce que je ressentais aussi bien en mal qu’en bien lorsque je vivais un trop plein d’émotions. Ce n’est pas par hasard que je l’ai inclus dans mon expérience, car je savais que je pouvais compter sur sa stabilité, son engagement et sa disponibilité sans faille. Je pouvais ainsi me rendre vulnérable car je connais la sécurité qu’il me procure par son amour pour moi et sa capacité à supporter. Mon besoin de m’affirmer a ainsi pu être satisfait. Je lui en suis très reconnaissante et je ressors de cette expérience enrichie et en partie affranchie des non-dits et de la peur de blesser.

Petit à petit en travaillant mon écoute et l’amour de soi, j’ai pris confiance dans mon affirmation de soi. Pour moi, l’amour de soi, comprend le fait de me respecter, d’être bienveillante et moins jugeante envers moi-même, bien loin de l’idée d’être égocentrique.

Afin d’améliorer ma communication et mes relations, j’apprends à reconnaitre et à différencier ce qui m’appartient (mes émotions sont-elles liées à mon vécu et au lien affectif émotionnel relatif ?) et à ce qui appartient à l’autre, ses émotions, son vécu et ses besoins.

Comment améliorer sa communication ?

Voici quelques clés auxquelles je prêtes attention pour savoir quand j’estime bon d’exprimer respectueusement mon ressenti :

  1. Différencier les émotions qui m’appartiennent de celles qui appartiennent à l’autre. Est-ce un ressenti que je peux laisser pour l’instant de côté et y revenir plus tard pour l’accueillir, le comprendre tout en étant bienveillante avec moi-même, ou

  2. Est-ce que mon ressenti est persistant à tel point que je ne peux plus me concentrer et rester à l’écoute de la personne en face de moi ? Dans ce cas, j’ose faire confiance à mon intuition et je communique avec respect mon ressenti.

  3. Je veille à analyser si ce que je vais dire est utile à la relation, là, dans le moment présent. Afin de ne pas entrer en débat ou en lutte avec le sentiment de devoir me justifier, car je connais mes valeurs et ce en quoi je crois.

Communiquer authentiquement c’est d’abord s’aimer suffisamment, se reconnaitre, s’accepter et être capable d’affronter sa souffrance et celle de l’autre. C’est être aligné avec ses valeurs, c’est reconnaitre, croire et valoriser autant soi-même que son interlocuteur.

Il ne s’agit pas de blesser pour blesser, mais d’accepter que pour avoir une communication vraie il faut être prêt à faire face à la possibilité de déranger l’autre.

En faisant preuve de respect, d’authenticité, d’amour et de confiance en l’autre, en croyant en sa capacité à recevoir notre vérité intérieure, contribue à une relation plus vraie et plus libre. C’est alors qu’un terrain favorable à la reconnaissance et à la guérison peut prendre place.

Si au contraire nous nous ménageons et ménageons l’autre par peur de blesser, nous altérons notre confiance et celle de l’autre. Cela transparaitra dans la relation, soit par notre langage corporel et nos comportements qui trahiront nos paroles et nos non-dits.

Discerner et reconnaitre les intentions de la personne écoutée

Pour terminer, je dirais qu’il existe 2 cas de figure lorsqu’on écoute une personne en prise d’émotions désagréables. Il est sage de discerner et de reconnaitre en tant qu’écoutant, les intentions de l’écouté :

  1. Est-ce que la personne écoutée dans sa colère ou tout autre émotion désagréable a besoin de vider son sac, et se sent assurée de notre confiance et de notre sécurité à recevoir ? ou

  2. Est-ce dans le but de tester notre capacité à recevoir son message, voir à nous confronter, ou même à nous blesser ? dans quel cas, il est de la responsabilité de l’écoutant de s’assurer de sa propre congruence, et de clarifier les intentions et les besoins du messager.

Voici en grandes lignes, ce qu’il me semblait important d’évoquer. Bien sûr il y a matière à étoffer le sujet, mais mon désir est d’essayer d’apporter un message simple, encourageant et que j’espère aidant aux personnes qui ont pu s’identifier.